CRUE DE L’OUÉMÉ  AU BÉNIN

Dans les Collines, les eaux menacent villages, cultures et moyens de subsistance

Publié le : 05 oct. 2026 à 10:29
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Dans le département des Collines, la montée des eaux de l’Ouémé et le débordement de cours d’eau secondaires affectent plusieurs localités. À Dassa-Zoumè et dans les zones environnantes, des habitations et des terres agricoles sont touchées. Une situation qui intervient à un moment particulièrement sensible pour les producteurs, alors que la campagne agricole entre dans une phase décisive.

L’eau gagne du terrain dans plusieurs localités des Collines. Depuis quelques jours, le débordement de l’Ouémé et de certains cours d’eau perturbe les activités des populations riveraines. À Dassa-Zoumè, notamment, la rivière Akpasséré est sortie de son lit dans plusieurs secteurs, tandis que la montée de l’Ouémé affecte d’autres zones proches du fleuve.

La situation rapportée dans les localités touchées intervient après plusieurs épisodes pluvieux dans le centre du Bénin. Les données de l’Agence nationale de la météorologie (Météo-Bénin) montrent que les Collines figuraient déjà parmi les zones placées sous surveillance météorologique à la fin du mois de septembre. Le 27 septembre, l’agence annonçait ainsi des orages accompagnés de pluies modérées à localement fortes pouvant s’étendre aux Collines.

Début octobre, la vigilance restait d’actualité. Le 3 octobre, des orages et des pluies faibles à modérées étaient encore annoncés dans les Collines, tandis que le 4 octobre, les activités pluvio-orageuses concernaient toujours certaines localités du centre et du sud du pays.

 

L’Akpasséré déborde à Dassa-Zoumè

À Kpingni, sur la voie de Fita, la rivière Akpasséré a quitté son lit et envahi des espaces situés dans les zones riveraines. Des informations locales font également état d’une situation préoccupante dans l’arrondissement d’Akoffodjoulè, où la montée de l’Ouémé a atteint plusieurs secteurs du village de Houassimi, à proximité de Bètècoucou.

Ces débordements illustrent la vulnérabilité des populations installées à proximité des cours d’eau lorsque les précipitations s’intensifient ou que les niveaux hydrologiques augmentent.

Dassa-Zoumè figure d’ailleurs parmi les communes béninoises intégrées au programme Building Resilient and Inclusive Cities (BRIC), mis en place pour renforcer la résilience urbaine face aux risques naturels et aux effets du changement climatique. La plateforme nationale GeoRisk Bénin identifie notamment l’inondation fluviale et l’inondation urbaine comme des risques importants au Bénin.

 

Des terres agricoles sous pression

Au-delà des habitations, l’agriculture constitue l’une des principales victimes de la montée des eaux.

Dans plusieurs villages, dont Igoho, des producteurs voient leurs parcelles envahies. Maïs, manioc, piment et niébé figurent parmi les cultures concernées selon les informations recueillies localement.

Pour les exploitants, le problème dépasse la simple perte d’une parcelle. Une immersion prolongée peut compromettre une partie de la récolte attendue et fragiliser les revenus des ménages qui ont déjà engagé des dépenses pour les semences, les intrants, la main-d’œuvre et l’entretien des champs.

Cette vulnérabilité est particulièrement importante dans une région où l’agriculture constitue une composante essentielle de l’économie locale.

Le phénomène n’est par ailleurs pas exceptionnel dans le bassin de l’Ouémé. Des travaux consacrés aux ressources en eau du bassin montrent que la période des hautes eaux se concentre généralement entre août et octobre, avec un maximum hydrologique autour de septembre à certaines stations. Cette période correspond également à une augmentation du risque d’inondation.

 

Un risque qui dépasse les champs

Les conséquences de la crue ne concernent pas uniquement les agriculteurs.

Dans les zones affectées, la progression des eaux complique les déplacements et perturbe les activités quotidiennes. Des habitations sont également touchées, tandis que les espaces de pâturage peuvent devenir difficilement accessibles pour les éleveurs rapporte le quotidien le matin.

Des pertes de bétail sont rapportées localement, mais aucun bilan officiel chiffré permettant d’en mesurer l’ampleur n’a été identifié dans les sources consultées. La prudence reste donc nécessaire avant de quantifier les dommages.

L'expérience du Bénin montre cependant que les inondations peuvent avoir des effets importants sur les secteurs agricole et pastoral. Les évaluations nationales des catastrophes ont documenté, lors d'épisodes antérieurs, des pertes significatives de cultures et de cheptel dans les zones touchées.

 

Des alertes qui avaient précédé la montée des eaux

La situation actuelle intervient dans un contexte météorologique qui avait fait l’objet de plusieurs avertissements.

Dans son bulletin de la deuxième décade de septembre, Météo-Bénin prévoyait pour la période du 21 au 30 septembre des cumuls de pluie pouvant atteindre 50 à plus de 150 mm, avec un risque de fortes précipitations notamment dans les Collines et le Zou, sur l’axe Bassila-Bantè-Glazoué-Dassa-Zoumè.

Le phénomène est donc à replacer dans une dynamique plus large : l’arrivée de fortes précipitations sur des territoires déjà exposés au ruissellement et aux débordements peut rapidement transformer une succession d'épisodes pluvieux en problème hydrologique.

Les données disponibles sur le bassin de l'Ouémé indiquent d'ailleurs que les hautes eaux s'étendent habituellement sur plusieurs mois, principalement d'août à octobre. Dans certaines circonstances, les phénomènes d'inondation peuvent se prolonger jusqu'au début du mois de novembre.

 

L’enjeu : protéger les populations et préserver la prochaine récolte

Pour les populations des Collines, l'urgence est désormais double : faire face aux conséquences immédiates de la montée des eaux et éviter que les dégâts ne compromettent durablement les moyens de subsistance.

La surveillance météorologique demeure donc essentielle, tout comme l'information rapide des populations installées dans les zones exposées. Le portail GeoRisk Bénin met à disposition des données géographiques sur les zones inondables et des outils destinés à améliorer la connaissance et la gestion des risques.

À plus long terme, la répétition de ces épisodes pose une question de développement local : comment permettre aux populations de continuer à vivre et à produire dans des territoires soumis à des risques hydrologiques récurrents ?

La réponse passe notamment par une meilleure anticipation des crues, la cartographie des zones à risque, l'adaptation des pratiques agricoles, la protection des infrastructures et une information plus accessible aux communautés exposées.

Dans les Collines, la crue actuelle rappelle ainsi que les pluies ne constituent pas seulement un enjeu météorologique. Lorsqu'elles rencontrent des cours d'eau en montée et des populations installées dans les zones exposées, elles deviennent rapidement une question de sécurité, d'alimentation, de revenus et de résilience économique locale.

 

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