TEXTILE AU BÉNIN

du coton local aux vêtements « Made in Benin », une filière en pleine transformation

21 sept. 2026
Développement
(4.0)

De la production de coton aux vêtements, tissus et articles de maison, le Bénin développe progressivement une filière textile qui combine industrie manufacturière, artisanat traditionnel, marché intérieur et exportation. Le Bénin veut progressivement changer la place de son coton dans l’économie. Longtemps exportée principalement sous forme de fibre, cette matière première alimente désormais davantage d’activités de transformation sur le territoire : filature, tissage, confection de vêtements, linge de maison et création textile. À côté de cette industrie moderne se développe également la valorisation des savoir-faire traditionnels, notamment autour du Kanvo et de l’indigo.

Le mouvement reste encore partiel, mais plusieurs indicateurs montrent que la transformation locale prend de l’ampleur.

 

Le coton reste la matière première stratégique

La filière commence avec une production cotonnière importante. Selon l’INStaD, le Bénin a produit 592 400 tonnes de coton en 2023, contre 588 110 tonnes en 2022. Après plusieurs campagnes marquées par un recul, le Gouvernement indique viser un retour à 700 000 tonnes pour la campagne 2026-2027.

Cette matière première demeure également un produit majeur des exportations. En 2024, le coton non cardé ni peigné a représenté 303,6 milliards de FCFA d’exportations, sur un total de 674,7 milliards de FCFA d’exportations de marchandises, selon l’INStaD.

Le chiffre illustre encore le poids du modèle traditionnel : une grande partie de la valeur du coton est réalisée avant sa transformation complète en produit textile.

 

Une nouvelle étape : transformer davantage au Bénin

La création et le développement de la Zone industrielle de Glo-Djigbé (GDIZ) constituent l'un des principaux changements de la filière.

Son parc textile regroupe des unités destinées à réaliser différentes étapes de la chaîne : filature, tissage, teinture et confection.

Selon la GDIZ, la première phase du parc textile est conçue pour transformer jusqu'à 40 000 tonnes de coton fibre par an.

L'unité Benin Textile S.A. (BTEX) annonce notamment une capacité de 17 500 tonnes de fil par an, plus de 13,5 millions de mètres de tissu pour draps, ainsi que plusieurs millions d'articles et ensembles de vêtements.

Il s'agit toutefois de capacités industrielles annoncées, et non de volumes nécessairement produits chaque année. Cette distinction est importante pour mesurer correctement les performances réelles de la filière.

 

Les exportations de produits textiles progressent

Les données du rapport de performance 2025 de l'APIEx, établies à partir notamment de données Trademap, montrent une évolution des exportations de produits textiles.

Elles sont passées de 6,7 milliards de FCFA en 2023 à 9,1 milliards en 2024, soit une progression de 35,6 %.

La GDIZ représentait 4,5 milliards de FCFA, soit 49,4 % des exportations nationales de produits textiles en 2024.

Dans le même temps, les importations de produits textiles ont diminué de 16,8 milliards de FCFA en 2023 à 10,9 milliards en 2024, soit une baisse de 35,3 %, selon le même rapport.

Autre indicateur de la transformation : les exportations béninoises de fils de coton ont atteint 7,6 milliards de FCFA en 2024, alors qu'elles étaient quasiment nulles en 2023. La GDIZ représentait directement 2,1 milliards de FCFA de ces exportations.

Ces données montrent que le coton commence à quitter le territoire sous des formes plus transformées.

 

Du « Made in Benin » aux marques internationales

La production textile béninoise commence également à intégrer les chaînes d'approvisionnement de marques étrangères.

La GDIZ a notamment annoncé l'expédition de 80 000 leggings pour enfants destinés à KIABI. D'autres productions ont été réalisées pour The Children's Place, U.S. Polo Assn. et GEMO.

En mai 2025, une première expédition de plus de 50 000 vêtements destinés à GEMO a été annoncée. La GDIZ avait alors évoqué un objectif de 1 million de pièces en 2025 et jusqu'à 3 millions en 2026.

Ces commandes constituent un changement important : le Bénin ne se positionne plus seulement comme fournisseur de coton, mais cherche à devenir un lieu de production de vêtements destinés aux marchés internationaux.

 

Le marché national devient également un débouché

La stratégie ne repose cependant pas uniquement sur l'exportation.

En avril 2026, BTEX a lancé SùSù, une marque de linge de maison présentée comme fabriquée au Bénin à partir de coton béninois. La gamme comprend notamment des draps, serviettes et taies d'oreiller.

BTEX a également lancé en 2026 OBALÈ, positionnée sur le linge de maison haut de gamme, avec notamment des draps, serviettes, taies d'oreiller et peignoirs.

Ces initiatives illustrent une autre dimension de la transformation : produire localement pour répondre directement à la demande des ménages, des hôtels et des institutions.

Le textile traditionnel reste un autre pilier

L'industrie moderne ne constitue cependant qu'une partie du paysage textile béninois.

Le pays dispose d'un important savoir-faire artisanal autour du tissage, de la teinture et de la confection.

Le Kanvo, pagne tissé traditionnel, fait notamment l'objet d'une politique de valorisation et de labellisation. Le Fonds de Développement de l'Artisanat indique que le Kanvo labellisé est fabriqué à partir de 100 % de coton béninois.

En juillet 2026, la première édition de la Nuit du Kanvo et de l'Indigo, organisée avec le soutien des pouvoirs publics, a réuni 15 stylistes et designers, qui ont présenté 75 créations.

L'objectif affiché est de donner davantage de visibilité à ces savoir-faire et de favoriser leur accès aux marchés nationaux, régionaux et internationaux.

Cette dimension culturelle distingue le textile béninois de la seule production industrielle destinée aux grandes chaînes internationales.

 

Un changement de modèle encore en construction

Les chiffres montrent cependant que le Bénin reste encore très loin d'avoir transformé la majorité de son coton.

En 2024, les exportations de coton brut atteignaient 303,6 milliards de FCFA, contre 9,1 milliards de FCFA pour les produits textiles, selon les données disponibles de l'INStaD et de l'APIEx.

L'écart reste donc considérable.

Mais le mouvement est désormais visible : du coton à la fibre, de la fibre au fil, du fil au tissu, puis du tissu au vêtement ou au linge de maison, une part croissante de la chaîne de valeur commence à être réalisée au Bénin.

L'industrie manufacturière de la GDIZ, les nouvelles marques destinées au marché national, les commandes internationales et la valorisation du Kanvo et de l'indigo participent ainsi à une même évolution : faire du textile non plus seulement une conséquence de la production cotonnière, mais un secteur économique à part entière, associant industrie, artisanat, création, consommation locale et exportation.

 

Sources principales

INStaD – Statistiques du commerce extérieur du Bénin en 2024 : coton brut et exportations totales.

APIEx – Rapport de performance 2025 : évolution des exportations et importations de produits textiles et de fils de coton.

GDIZ / BTEX – Données sur les capacités industrielles, les exportations de vêtements et les marques SùSù et OBALÈ.

Gouvernement du Bénin – Données sur la production cotonnière et politique de valorisation du Kanvo et de l'indigo.

Fonds de Développement de l'Artisanat – Informations sur le Kanvo et sa labellisation.

 

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