Le Nigeria et, au-delà, le monde du cinéma africain sont en deuil. Oludotun Baiyewu Jacobs, plus connu sous le nom d’Olu Jacobs, est mort à 84 ans. Né le 11 juillet 1942, l’acteur avait construit au fil des décennies une carrière exceptionnelle, d’abord au Royaume-Uni, puis dans son pays natal où il est devenu l’un des visages les plus reconnaissables de Nollywood.
Dans leur annonce, son épouse, l’actrice Joke Silva, et la famille ont présenté le disparu comme « The Lion of Lufodo », le « Lion de Lufodo ». Ils ont également demandé aux médias, blogueurs et utilisateurs des réseaux sociaux de respecter leur intimité pendant cette période de deuil. La famille a confirmé les dates de naissance et de décès : 11 juillet 1942 – 16 septembre 2026. Aucune cause de décès n’a été rendue publique.
De Kano à Londres, la naissance d’une vocation
Originaire d’Abeokuta, dans l’État d’Ogun, Olu Jacobs a grandi à Kano. C’est dans cette ville du nord du Nigeria que son intérêt pour le théâtre s’est véritablement développé. Selon plusieurs biographies consacrées à l’acteur, sa vocation aurait notamment été renforcée après avoir assisté à une représentation de la troupe de Chief Hubert Ogunde à Kano.
Il part ensuite pour le Royaume-Uni afin de se former au métier d’acteur. Il intègre la Royal Academy of Dramatic Art (RADA) à Londres, l’une des institutions théâtrales les plus reconnues du Royaume-Uni. Sa formation londonienne est suivie d’années de travail dans le théâtre britannique, avant son apparition dans plusieurs productions télévisées et cinématographiques.
Son parcours britannique comprend notamment des apparitions dans des séries telles que The Goodies, Till Death Us Do Part, The Professionals, The Tomorrow People et Angels. Il apparaît également dans des productions internationales, dont Ashanti, aux côtés notamment de Michael Caine et Omar Sharif.
Le retour au Nigeria et l’essor de Nollywood
Olu Jacobs revient ensuite au Nigeria, à une période où l'industrie audiovisuelle du pays connaît de profondes transformations. Il s’impose progressivement à la télévision et au cinéma, notamment avec des productions qui contribueront à faire de lui une référence auprès du public nigérian.
Parmi ses premières expériences marquantes figure la série télévisée The Third Eye. Au cours des décennies suivantes, il multiplie les rôles au cinéma et à la télévision, construisant une filmographie considérable.
Le groupe Lufodo indique que sa carrière s'est étendue sur environ cinq décennies et qu'il a participé à plus de 300 productions cinématographiques au Nigeria, en plus de son travail sur scène, à la radio, à la télévision et dans des productions internationales. Les chiffres varient toutefois selon les sources et les méthodes de comptabilisation de sa filmographie.
Cette longévité lui permet de traverser plusieurs générations du cinéma nigérian. Il devient particulièrement associé aux rôles de chefs traditionnels, dirigeants, militaires, hommes d’affaires, avocats et autres personnages d’autorité, grâce notamment à sa voix grave et à sa présence imposante à l’écran.
Un acteur récompensé au Nigeria et au-delà
La reconnaissance d’Olu Jacobs ne s’est pas limitée au succès populaire.
En 2007, il remporte l’Africa Movie Academy Award (AMAA) du meilleur acteur dans un rôle principal pour son interprétation dans Dancing Heart.
En 2013, il reçoit l’Industry Merit Award lors de la première édition des Africa Magic Viewers’ Choice Awards (AMVCA), distinction destinée à saluer son parcours et sa contribution à l’industrie audiovisuelle africaine. L'information est également confirmée dans les archives officielles d’Africa Magic.
En 2016, Olu Jacobs et Joke Silva figurent parmi les récipiendaires d’un Lifetime Achievement Award de l’AMAA, récompensant leur contribution durable au cinéma africain.
Sa carrière est également reconnue par l’État nigérian. En 2011, le président Goodluck Jonathan lui décerne la distinction nationale de Member of the Order of the Federal Republic (MFR).
Avec Joke Silva, bien plus qu’un couple de cinéma
La trajectoire d’Olu Jacobs est intimement liée à celle de Joke Silva, elle-même l’une des grandes figures du théâtre et du cinéma nigérians.
Les deux acteurs se rencontrent au début des années 1980 et se marient en 1989. Ensemble, ils vont également développer des initiatives destinées à structurer les métiers du spectacle au Nigeria.
Ils fondent notamment le Lufodo Group, qui intervient dans plusieurs secteurs liés au divertissement, ainsi que la Lufodo Academy of Performing Arts (LAPA). L’académie propose une formation pratique aux métiers des arts du spectacle et entend contribuer au développement d’une nouvelle génération de professionnels du théâtre, du cinéma et de la télévision.
L’héritage d’Olu Jacobs dépasse ainsi le simple cadre de ses apparitions à l’écran : avec Joke Silva, il a également participé à la formation et à la professionnalisation de jeunes talents nigérians.
Les dernières années marquées par des problèmes de santé
Depuis plusieurs années, Olu Jacobs s’était progressivement éloigné de la vie publique.
En novembre 2021, Joke Silva avait révélé publiquement que son époux souffrait de démence à corps de Lewy, une maladie neurodégénérative. Elle expliquait alors que la maladie affectait profondément l’acteur ainsi que son entourage familial.
Cette révélation était intervenue après plusieurs apparitions publiques qui avaient suscité l’inquiétude de ses admirateurs.
Il convient toutefois de distinguer cette information de la cause de son décès : la famille n’a pas indiqué publiquement que la démence à corps de Lewy était à l’origine de sa mort. Les circonstances médicales précises de son décès n’ont pas été communiquées.
Des années de rumeurs finalement démenties
La disparition d’Olu Jacobs intervient également après plusieurs années de rumeurs annonçant, à tort, sa mort.
Ces fausses informations avaient régulièrement circulé sur les réseaux sociaux. En 2021, alors que des rumeurs similaires avaient déjà émergé, l’acteur était apparu au Africa International Film Festival (AFRIFF), où il avait reçu une distinction pour l’ensemble de sa carrière. Sa famille et plusieurs personnalités du cinéma nigérian avaient également dû démentir à plusieurs reprises les annonces prématurées de son décès.
En juin 2024 encore, son fils Olusoji Jacobs était intervenu publiquement pour confirmer que son père était toujours vivant.
Cette fois, l'annonce émane directement de la famille et porte les dates du 11 juillet 1942 au 16 septembre 2026.
Une page importante de Nollywood se tourne
Avec la disparition d’Olu Jacobs, le Nigeria perd un acteur dont la carrière aura accompagné plusieurs étapes de l'histoire de son industrie audiovisuelle.
Formé dans les grandes écoles théâtrales britanniques, passé par le théâtre et la télévision au Royaume-Uni avant de revenir travailler au Nigeria, il aura participé à la construction d’un pont entre différentes traditions du spectacle et à l'affirmation progressive du cinéma nigérian sur la scène internationale.
Son parcours aura également été celui d’un formateur et d’un entrepreneur culturel, notamment à travers le Lufodo Group et la Lufodo Academy of Performing Arts.
À 84 ans, Olu Jacobs laisse derrière lui une œuvre qui traverse plusieurs générations de spectateurs et une empreinte durable dans l'histoire du théâtre, de la télévision et du cinéma nigérians.
Le « Lion de Lufodo » a désormais tiré sa révérence.
La rédaction